
Cher Journal,
A force de lui raconter des blagues et des mésaventures, elle a fini par oublier ses reproches et a rigolé aux larmes. Je ne saurais dire si c’est sa manière à elle de voiler ses pleurs ou si c’est mon humour à moi qui est si contagieux.
Je regrette, pardi oui ça m’arrive aussi d’en avoir des regrets, de m’être éloignée d’elle à ce point ces dernières années. Eloignée au point du non retour. Je sais qu’elle voudrait bien retrouver notre complicité d’antan, mais je ne suis plus la petite fille qui se confine dans la sécurité des jupons de maman. Elle ne le comprendra pas, comme elle comprendrait encore moins mes principes nouveaux, ma manière propre à moi de gérer ma vie et de me complaire dans cette vision, du haut d’un minaret, que j’ai de moi, d’elle, de toute chose.
Je la regarde prendre de l’âge, vieillir aussi. Je la contemple entrain de s’occuper des êtres chers qui l’entourent, mon père, mes frères et soeurs. Je sens ses regrets de ne pouvoir me faire immerger dans cette bonne atmosphère familiale qu’elle gère d’une main de fer et dont elle est si fière.
Il se fait que nos chemins se sont croisés à plusieurs reprises durant cette vie, mais que jamais je ne me suis sentie appartenir à leur règle de gestion, à savoir 'la famille passe avant tout'.
J’ai mon monde que je me suis plue, que j’ai souffert, à créer de toutes pièces. Un monde que je protège, tout comme elle sa famille, avec une main de fer.
Au bout du fil, je sentais, comme à chaque fois d’ailleurs, son espoir renaitre.
« Tu ne viendras pas passer les fêtes avec nous cette année encore ?»
« Ma maman chérie, tu sais que tes gosses et leurs gosses ébranlent à leur seule vue la quiétude de mes jours…non je rigole, je ne pourrais venir, pour la simple raison que j’ai prévu mes fêtes autrement ! »
« Tu vas faire quoi ? Quoi de plus important que d’être avec ta famille ? »
« Je vais passer mon temps à contempler la nature et à remercier Dieu de m’avoir donné une famille, une mère magnifique et un chaton à nourrir »
« Tu te joue de moi !»
« Ma petite maman adorée, il est l’heure du diner et ton tajine doit déjà cramer sur le brasier »
« Tu as raison. Prends soin de toi et appelle…plus souvent ! »
Cher journal, je sais qu’elle ne m’en veut point pour mon absence volontaire. Elle sait que dans mon cœur il y a tant d’amour, tellement d’amour qu’à l’exprimer je peux gâcher bien des choses. Pourvue seulement qu’elle continue à rire de mes blagues.


2 comments:
j'ai toujours eu envie de dire ma mère en quelques lignes... j y arrive pas...
Sincèrement ravi de lire que le matou est toujours dans les parages !
Qui croirait que qui s'oppose à l'hypocrisie au sein même du noyau familial est pointé d'un doigt accusateur, voire de plusieurs...
Sacrée "cul(tor)ture" marocaine qui fait l'éloge de maximes délétères telles que "dir el ma fin idouz"...
Le plus dommage fut d'apprendre que tu ne comptes pas venir au bled réchauffer la fourrure de ton chat...
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