Monday, October 27, 2008

Rencontre impétueuse



Cher Journal,

J’ai fait une rencontre impétueuse…avec un chat !
Il était tout chiffonné, peureux, grelottant, pauvre petite bête. Ma première pensée me jeta loin dans les souvenirs de l’enfance et j’eus pendant un laps de temps l’envie, innée en moi j’en suis sure, de le mettre dans mon micro-onde pour le réchauffer et lui offrir la paix éternelle.
Et puis je me suis ressaisie, pensant à tous ces chatons ingrats que j’eu sauvé du joug des humains de par le passé. Aucun n’était revenu, pendant sa deuxième ou sa septième vie, me remercier de mon acte généreux. C’est à remettre en question toutes ces certitudes que j’avais sur la sagesse des chats et leurs grand sens du devoir et de la reconnaissance.
Je me suis dit que celui là serait le premier, dans une longue lignée de félins, à ne pas jouir de la chaleur de mon micro-onde et devoir se contenter de la braise qu’envoie ma cheminée.
Je l’ai lavé, enveloppé dans une couverture chatoyante, et mis sur mes genoux alors qu’une musique flamenco, feu et flammes, emplissait le silence régnant de remords et de gratitude.
Il devenait de plus en plus calme, arrêtait de grelotter et de gesticuler dans tous les sens, et puis, soudain, subitement, il enfoui sa petite tête entre mes seins et commença presque à chantonner.
Distraite entre les lignes de mon livre, je me plaisais à lui caresser la tête, le ventre, les pattes sans vraiment le regarder.
Nous somme restés longtemps ainsi, lui perdu en moi, moi lui donnant cette tendresse que je me découvris pour la première fois. Nous nous sommes endormis devant la cheminée, enlacés, chauffés par des braises clémentes et une amitié naissante.
Cher Journal, ce n’est pas à ce chat que je raconterais désormais mes jours et mes nuits, pour cela tu es l’élu de mon cœur, mais c’est à lui que je prodiguerais amour et tendresse. Il se pourrait qu’il me le rende bien, ou qu’il parte comme tous les autres. Mais aujourd’hui je sais du moins qu’il est là à sautiller de joie à chaque fois qu’il entend mes pas.

Sunday, October 26, 2008

Je dis: Désir!


Cher Journal,

Il y a des jours comme ça, vides, assombris, grisonnants, durant lesquels la seule envie qui puisse s’emparer de moi est de me jeter corps et âme dans les abimes d’un livre.
Je lis « la bête qui meurt » de Philip Roth et je suis insurgée. D’abord contre moi-même car je n’ai jamais pu être une bête, une belle bête qui puisse ébranler les certitudes d’un homme, encore moins d’un sexagénaire.
Ensuite je m’insurge contre les sexagénaires vicieux dont la seule vue de nichons généreux leur fait perdre des années cumulées de sagesse et d’expérience.
Il se fait que par les temps qui courent, je m’imagine souvent accrochée aux bras d’un vieux qui seul pourrait canaliser mon excès de zèle et mon ardeur naturelle. Car, vois-tu, les hommes, les jeunes du moins, sont plus enclins à voir en moi un objet dont la possession est nécessaire mais non suffisante. Ils se complaignent tous, ou presque, à me sortir leur grand jeu de séduction pour obtenir une nuit dans mes bras, et dès qu’ils l’ont leur nuit, ils deviennent ingrats, rustres. Ils ont presque tendance à oublier qu’une femme, moi en l’occurrence et je me plais à croire que celles de mon espèce restent cependant rares, puisse non pas offrir, mais seulement demander, exiger et désirer une nuit d’un homme, sans pour autant verser dans le port de masques incongrus, factices, superficiels, dont usent ces même hommes à satiété.
Au risque de me faire prendre pour une fille de joie, je le suis certainement mais autrement puisque ce que je cherche dans la compagnie d’un homme n’est autre que le plaisir, la joie du plaisir intense, je ne me fais jamais prier pour aller dans le lit d’un homme qui me plaise vraiment. Un regard, un sourire, une simple moue spontanée sur un visage distrait peuvent me faire chavirer. La comédie, elle, je l’abhorre, mais alors incommensurablement !
Cher journal, si je m’éteints avant de trouver l’homme qui puisse enfin comprendre qu’une femme ne cherche pas nécessairement un homme pour l’épouser et le ligoter à vie, mais qu’il se pourrait qu’elle ait également des envies en chair et en cœurs, alors je te laisse ce legs pour la prospérité, fais en bon usage et transmet à tous ces malotrus imbues de leur bout de muscle en plus. Une femme c’est un Homme qui vit aussi pour et par le désir !

Saturday, October 25, 2008

Une étonnante conclusion



Cher Journal,

J’ai passé ces dix derniers jours à faire la fête. Tu ne m’en veux donc pas pour mon absence subite.
Il m’a fallut me venger sur une bonne dizaine d’hommes pour enfin me rassasier et oublier, si oublier est tant soit possible, mon amour perdu.
Je t’avoue que finalement c’est une bonne chose d’avoir ses petits bobos du cœur. On s’en sort toujours plus ragaillardi et surtout avec le souvenir de ces nuits blanches à se mettre dans des lits inconnus, appartenant à des hommes tout aussi nouveaux, qui nous poussent souvent à nous remettre en question (genre : pourquoi diable je suis restée fidèle à un seul homme pendant deux mois ?).
Un pur plaisir, et là tu peux aller jusqu’au troisième degré si cela te chante, d’explorer de nouveaux horizons et de se laisser aller à la découverte des hommes, dans leur bêtise la plus totale, celle de s’adonner au plaisir au premier soir et d’appeler tout de même au deuxième.
D’ailleurs, je pense finalement avoir compris pourquoi ils insistent tant pour une deuxième fois. C’est que la première ils n’auraient tout simplement pas fait leurs preuves.
Un homme c’est une bête sauvage qui se jette sur sa proie pour… ? Le pouvoir voyons !
Si la bonne petite proie est conciliante, pire, si par malheur elle est tout aussi consciente de son désir et l’assume amplement, alors là, l’homme en perd les moyens. Il ne peut déguster le plaisir pur sans faire valoir son pouvoir.
Impressionnant non ? Impressionnant surtout que j’en sois à ma trentaine (d’années pas d’hommes !) pour enfin arriver à cette conclusion si triviale.
Cher journal, les hommes et le pouvoir font bon ménage et vu que je n’aime point les ménages à trois, je me confine dans mon petit monde solitaire et je les renvoie eux et leur pouvoir aux rendez-vous clandestins de minuit.

Wednesday, October 15, 2008

Le temps des amours mortes


Cher Journal,

Ne m’en veux point pour cette absence. Retrouve moi les bras ouverts comme à ton accoutumé, car d’amis je n’en ai plus, que toi et quelques autres rencontre jaillissant de mon passé lointain pour me rappeler aux bons souvenirs de la tendresse de l’amitié.
Te souviens-tu de Youssef ? Il avait juré par cette nuit, au clair de lune, dans les plis des dunes, que quoiqu’il arrive il serait toujours là pour moi. Il a tenu promesse et j’ai faillis à ce vœu. J’ai continué à l’aimer et j’ai fi de l’amitié.
Je l’ai revu. Je les ai revus, lui, elle et le petit bonhomme qui habille leurs jours de joie et de félicité.
C’est son premier anniversaire, le petit prince qui ressemble tant à son père et arbore fièrement les beaux yeux de sa mère. J’y étais conviée, comme l’était leur cercle très restreint d’amis proches.
Et je fus mesquine, pitoyable. Je me suis littéralement enfuie après les salamalecs de circonstance et les paroles de politesse. Je ne pouvais vaincre ce sentiment qui, s’emparant de moi subitement, m’incitait à fuir.
Je l’aime toujours. Je n’ai jamais voulu que du bonheur pour lui, même loin de moi, mais je ne pouvais m’empêcher de rêver quelques instants que cet enfant était le mien, que Youssef me prenait, à moi, le bras pour me guider parmi ses invités, que j’aurais pu être elle si cette nuit au clair de lune je n’avais pas été l’amie dévouée de Youssef.
Je le voyais partir, s’apprêtant à appartenir à une autre, appelant mon cœur à la rescousse, mes yeux noyés dans les larmes des adieux. Je me voyais l’aimer éperdument et le perdre à jamais. Et tu sais quoi ? Je n’ai rien fais…car elle aussi je l’aimais !
Cher journal, je ne pouvais t’infliger ma peine dans toute sa crudité. J’ai pris le temps de regretter, pleurer, me saouler, danser, me jeter dans le lit du premier venu...essayer de faire le deuil de mon défunt amour, avant de te dire ce soir, à toi seul, que j’ai toujours mal.

Friday, October 10, 2008

Les scènes de ma vie




Cher Journal,

Aujourd’hui j’ai appelé ma psy en catastrophe, et après mes larmes de chaton esseulé, mes supplications mielleuses, j’ai pu enfin obtenir un rendez-vous.
Elle a écouté jusqu’à la fin et a souri.
Oui cette peste a osé sourire devant mon désarroi. J’aurais mieux fait de tout te raconter à toi, au moins tu la boucles complaisamment et tu persevères en m’ouvrant les bras.
J’ai pensé en me levant ce matin que je devenais de plus en plus scénique et non cynique, oh non, ça jamais !
Je passe une éternité devant le miroir à me raconter des blagues sur mon visage défait. Je parlote avec la cafetière pour lui intimer l’ordre de préparer un café savoureux le temps que je prenne ma douche. Je chante des sérénades à ma douche juchée sur ses hauteurs mais daignant se courber pour m’envoyer un regard conciliant. Je les fais se pavaner pendant une demi-heure, mes jolies chaussures. Je bois mon café du bout des lèvres et fait mine d’être fâchée avec la tasse… Quant à ma voiture, je la chauffe le matin en lui racontant mes fantasmes du soir !
Une fois au bureau, je reprends une vie normale mais avec le souvenir enchanteur d’une heure passée à me raconter des histoires.
La psy dit qu’il me faut de la compagnie. Elle le dit en souriant et j’ai juste envie de l’étrangler.
Cher Journal, tu en pense quoi toi de cette histoire ? Je sais que tu ne peux penser, mais le fait de te faire vivant, de faire de tout ce qui m’entoure des êtres vivants…j’en arrive à aimer la vie davantage.

Thursday, October 9, 2008

Ah les hommes!


Cher journal,

RAS !
Rassasiée à satiété ? Repue à souhait ? Eh ben non ! J’aurais évidement bien voulu, mais non !
J’ai vu Ali après la sortie du bureau dans l’espoir de conclure, évidement ! Tu as l’air d’avoir deviné. RAS ! Rien à signaler.
Je ne comprends pas comment un homme dans la force de l’âge, beau spécimen, plein de vitalité et de ressources créatives, en arrive à tomber amoureux de la sorte, et avec cette sornette invention de romantisme, perdre complètement la jugeote masculine qui fait que n’importe quel homme, sain d’esprit et d’hormones, pense d’abord à consommer avant de verser dans l’affectivité gratuite !
J’en suis toute enragée !
Pourtant j’ai pris un soin particulier à mettre des sous-vêtements en dentelle noire, sous un chemisier blanc transparent. Ahurissante de mauvais gout, je le sais, mais du moins je me préfigurais qu’il ne pourrait se permettre de rater ce message trop maladroit, excessivement direct.
Que nenni !
Le brave homme s’est présenté avec un bouquet de roses, rosâtres mais cela à la rigueur on peut le mettre sur le compte de son ignorance, pavanant comme un paon avec son costume italien taillé près du corps…son beau corps d’athlète qui me rend folle même en jogging délabré. Il m’a emmenée ensuite faire un tour en voiture, en me faisant écouter du Brel et en me racontant des balivernes sur ses sentiments, un peu trop sincères à mon gout.
Ou qu’il ne se rend franchement pas compte de ce que je trimballe comme idées lascifs au seul contact de son bras, ou que je suis une damnée qui se fait clairement punir par le bon Dieu à travers l’archange Ali !
Je t’épargne le récit stérile et pénible à la fois de mes tentatives acharnées pour lui soustraire un soubresaut de lucidité, une sorte d’éveil de ses méninges et des vaines veines qui coulent direction terre. Ce fut un terrible échec !
Cher journal, si l’amour rend les femmes exaspérantes et poisseuses, il fait des hommes des êtres exécrables d’idiotie, ne faisant plus la différence entre une femme et une glue !

Wednesday, October 8, 2008

L'esthétique des botines jaunes



Cher Journal,

Journée épuisante, mais j’aurais tout de même appris une chose. Toutes les brunes ne sont pas intelligentes, mais le contraire est, vraisemblablement, pas vrai.
Tu le savais ? Tant mieux pour toi, tu n’auras pas subi mon supplice.
J’ai fais la grosse bévue aujourd’hui d’accepter de participer à une réunion de brainstorming programmée à la dernière minute. L’initiatrice de ce foutage de gueules collectif est une collègue, brune tu l’aurais compris, que je respectais pour le choix intrépide de ses chaussures, mais avec qui je n’avais, heureusement, jamais traité auparavant.
J’étais encore entrain de siroter mon cinquième café de la journée en admirant ses bottines jaunes, qu’elle commença la réunion en décalant sa fesse droite pour la placer exactement à l’extrémité du tableau, me rappelant la fameuse pratique de discontinuité dans les visuels publicitaires. Tu ne connais pas ? Ce n’est jamais trop tard pour apprendre !
Discontinuité pour les journaux intimes imbéciles : c’est un truc qu’on fait ressortir du visuel publicitaire afin d’attirer l’attention et de fil en aiguille provoquer l’intérêt, le désir…et finalement l’action : Décision d’achat ou de passer son chemin en sifflant la créativité vaine.
Revenons à nos fesses, enfin ceux de la brune. Elle n’arrêtait pas de déhancher, à gauche, à droite, devant, derrière…tout en débitant un flux indélébile de sornettes. Des idées à faire revenir les impies graciés en enfer, à faire se rendormir un ours hibernant qui vient de voir les premières lueurs du printemps !
J’avais l’impression d’être devant canal+ à essayer de déceler des échanges civilisés entre personnes matures et conscientes de leur bêtises, et finissant par me contenter d’un semblant de chairs en plein conflit congénital affublées d’un langage de sourds.
Au fait, cela se passe les jeudi après minuit CET et ce n’est pas intéressant pour un innocent journal.
En crypté la brunette avait l’air de réfléchir sérieusement à des alternatives qu’on lui proposait, et en clair cela disait tout juste « bandes de jaloux, oui envieux, surtout toi la blonde qui n’arrête pas de f
ixer mes jolies bottines, je sais que ce que je dis est la crème même des idées. Je ne fais que semblant de vous écouter, mais je m’extasie déjà sur la bonne fessée que je vais recevoir en présentant le jus des mon effort à BigBoss. Je vous emmeeeeeerde ! » Fin de citation.
Cher Journal, je me suis rongée trois angles et j’en suis au quatrième rien qu’en évoquant ce souvenir, et pourtant je ne le regrette que peu, vu que j’ai compris qu’en prônant la discontinuité on fini toujours par saboter l’esthétique.

Monday, October 6, 2008

Masturbation tantrique



Cher journal,

Je n’arrive plus à dormir. Des insomnies calamiteuses me font poireauter toute la nuit en attente des démons de ma conscience qui, pour m’ennuyer encore plus, ne se décident jamais à se manifester.
Un ami m’a suggéré le Yoga, pratique épuisante et vétilleuse, qui consiste à se torde le coup et à se martyriser les muscles pour ensuite les sentir se reposer en regardant bêtement le plafond. Impossible ! Tu me connais, je n’aime pas suer et encore moins m’écarter les jambes pour…rien !
J’ai donc essayé la masturbation tantrique, suggérée par le même fidèle ami…
Cher journal, pardonne encore une fois mes penchants pervers, mais il se fait que j’ai oublié un mot dans la phrase précédente, et que mon attrait vicieux pour la fainéantise m’empêche de remonter plus haut pour l’ajouter.
J’ai donc essayé la masturbation intellectuelle tantrique !
Cet exercice fastidieux consiste, non pas à compter des moutons, ceci étant une niaiserie propre au vulgum, mais à fixer un point dans le noir, ce qui est en soi une question philosophique, et à essayer de figurer ses craintes sous forme de ballons multicolores, pour les éloigner avec un souffle léger, le tout sur fond de chants stridents d’esthètes népalais, d’où le tantrique tu en conviens.
Les ballons, j’en ai inventé une petite dizaine déjà, le reste sera certainement pour cette nuit, vu que cette masturbation, et là il ne faut pas oublier les qualificatifs, ne réussissant pas du premier coup, je n’ai pu dormir qu’à l’aube, me réveillant à midi passé…ce qui, par la force de la physique, induirait une autre insomnie cette nuit.
J’en reviens aux ballons, ils étaient enflés, bien sur, flottaient dans l’air, évidement puisque gonflés, et avaient des couleurs chatoyantes, mais hélas, ne portaient en leur sein aucune de mes appréhensions, puisque…je te les avais confiées il y a quelques années déjà ! T’en souviens-tu ?
Cher Journal, je sais que je devrais en formuler une demande officielle, mais je te prie de me renvoyer mes pires frayeurs, car tu le concèdes, j’en ai besoin pour retrouver le sommeil !

Des aléas ludiques



Cher Journal,

Aujourd’hui je suis heureuse. J’ai pu gagner aux loteries, une somme dérisoire certes, mais tout de même un gain immédiat sans suer, ni réfléchir. Je voudrais tant finir ma vie en championne olympique des loteries. J’exècre le labeur. Je n’ai ni la patience ni la passion de dépenser de l’énergie pour amasser de l’argent. L’une et l’autre se valent tant qu’on est dans le besoin ou qu’on ait un minimum d’ambition. Tu connais le fin mot de l’histoire…J’ai envoyé les appétences matérielles aux oubliettes et je me contente des aspirations de la chair.
Faire de l’amour un jeu de hasard. Prendre le premier homme survenu, tirer à pile ou face…l’inviter dans mon lit ou lui lancer un coup d’œil dérobé en appuyant sur le champignon , le laisser me prendre ou me jeter sur lui…lui mordre le lobe de l’oreille ou lui torde l’orteil, lécher son torse ou caresser la naissance de sa cuisse…devant ou derrière…simuler la jouissance ou attendre sagement la délivrance…crier « oui, oui… » ou marmonner un « alors, c’est fini ? »…
Désolée de te faire subir ce délire indélicat. Je me reprends…je voudrais faire de l’amour un jeu de plaisir et non un projet à haut risque, découvrir un cadeau caché du ciel dans un sourire enchanteur, un geste attendri ou un regard ébahit, et faire enfin de la vie la grande aventure qu’elle est, une découverte, une recherche infinie d’un trésor mystérieux, un navire chavirant sur une île inconnue. Faire de la vie un bonbon surprise, un bijou de jades, et non pas une entreprise familiale fabricant de la marmelade.
Ce gain que j’ai fait aujourd’hui m’a couté quelques sous et une aimable discussion avec une vieille dame, acolyte du divertissement et de ses agréments. Elle m’insuffla un secret qui, parait-il, donne aux loteries une autre dimension d’extases langoureux…jouer en nombre, partager les gains ou endosser les pertes…à deux, à trois, voire à plusieurs…et comme dans la vie, le jeu sera pour le meilleur et pour le pire, surtout…
Cher journal, des journées comme ça j’en veux, j’en demande avec l’appétence d’une novice du plaisir…même si je ne gagne pas toujours, au premier coup !

Sunday, October 5, 2008

Une photo



Flamenco III - Fabian Perez


Cher Journal,

Ceci est une journée banale dans une vie des plus anodines. Elle a tout de même un charme insoupçonné. J’ai découvert au fin fond d’un placard dégarni une des photos veillottes de mon heureuse enfance. J’y figurais entourée de mon frère ainé et d’une cousine éloignée dont je ne me rappelais même pas l’existence. J’étais grassouillette, joues roses, cheveux en stresses et définitivement les prémices d’un joli minois.
Mon frère avait cet air sérieux de celui qui devait donner l’exemple. De son vivant il avait toujours donné l’exemple …mais pas au moment de sa mort. Il roulait trop vite !
La cousine, quant à elle, était une petite môme, morveuse certes, mais quelconque.
Mais sur la photo, ce qui me poinçonna était la maison en arrière plan. Celle de feu mon grand-père. J’abhorre cette demeure !
Une cohorte de mauvais souvenirs s’est imposée à mon esprit encore engourdi en cette morne matinée dominicale d’octobre. Les vacances caduques à jouer sur la plage en construisant des châteaux de sables tantôt emportés par les vagues. Les repas familiaux sur fond de discussions politiques acerbes. Les nuits d’insomnie- pour une fillette de six ans ingurgitant à s’en gaver des tisanes de grand-mère ce fut une première- dans une chambre truffée de gamins ronflant à tue tête. Les jeux assommants et les discussions barbantes faisaient foi et me donnaient un mal fou aux intestins.
Il eut néanmoins ce chaton que j’avais découvert une nuit dans l’obscurité du jardin. Miaulant à en donner des frissons, il était minuscule, chétif, transi, une pauvre créature. J’avais cru bon le mettre au four pour le réchauffer. Le pauvre y laissa ces doux poils châtains…
Cher Journal, je n’aime pas les souvenirs des photos d’enfance, ils n’apportent rien à mon quotidien si ce n’est le regret des années qui défilent…

Saturday, October 4, 2008

Les amours de jeunesse



Cher Journal,

Tu ne pourrais, comme si tu pouvais pouvoir, imaginer ce qui m’est arrivé aujourd’hui !
J’ai revu Houssam, le nonchalant, l’intriguant, l’anti-magnifique. Il est toujours aussi mou. Une parfaite incarnation de la bêtise humaine, ou de l’ingéniosité animale. Je suis tombée dans ses bras feignant d’avoir retrouvé un amour des plus saisissants. Il avait toujours besoin qu’on lui redonne confiance en lui, et comme parfois se manifestent en moi des sentiments philanthropiques, je n’ai pas hésité à lui insuffler de l’auto-estime.
Il halait derrière lui une chienne, une race raffinée selon ses dires, mais qui était trop laide à mon gout, une coquine lésée par mère nature et par le destin qui la mit sur le chemin de ce cher compère. J’en eu de la peine pour elle.
Tu me connais, souvent ma charité va vers les plus dénantis.
Ce cher Houssam jugeât bon de me retenir une demi-heure pour me raconter, dans un flux indélébile, les péripéties de sa vie insignifiante. Mon magasin de chaussures fermé, je me résignasse à mon sort infortuné et continu à le considérer avec un regard narquois et un sourire composé. Il cru m’impressionner, le malheureux, et se lança de plus belle dans l’énumération des intrigues et commérages dont il était victime ou initiateur.
Je devrais me façonner une nouvelle frimousse pour ce genre de situations, moins aguichante en tout cas. Ce soir je m’exerce devant ma glace.
Il partit avec beaucoup de regrets quand, exacerbée mais amiable, je lui signifiais que mon dentiste m’attend, que le garagiste s’impatiente, que la femme de ménage devait me remettre les clés et toucher son du et que je devais le quitter prématurément mais allais l’appeler sans faute, très bientôt…
Ce pauvre goujat est attendrissant de candeur.
Cher Journal, j’ai découvert en rencontrant Houssam, que les amours de jeunesse sont d’adorables comédies, tout ce qu’il faut pour se sentir, une fois vieux, plus intelligent...

Friday, October 3, 2008

Cher Journal, aujourd'hui tu as mon secret



Cher Journal,

Il est temps, enfin, de noircir les pages blanches de mon existence vaporeuse avec les maux de mon cœur abusé. Je note ici et maintenant ce que j’ai longtemps peiné à te conter, toi le fidèle compagnon aphasique et soumis de mes nuits blanches assombries.
De la vie je n’ai toujours retenu que le meilleur, reléguant le pire aux aléas de la mémoire ou le soumettant à cette loi aveugle de l’omerta, qui à satiété, pèse sur ma conscience endolorie.
Du bonheur, je n’ai gardé que la joie ponctuelle d’un moment de félicité, renvoyant les souvenirs à leur âtre de paix, dans les méandres de ma mémoire établit.
De la douleur, j’ai toujours fais fi et rigolé et ri !
De mon cœur j’ai joué et de ce corps périssable et beau, gracieux et fascinant, attrayant et lascif, j’ai longtemps enflammé les cœurs et les corps insoumis.
Et ici, maintenant, je mets une fin à cette course effrénée, à cette quête sans fin des plaisirs interdits pour une trêve, d’un jour, d’une heure, d’un instant de confidence, pour te narrer les romans inachevées et les navets sournois, de cette vie que je fais mienne, que je choisi au gré de mon humeur et soumet à la volonté de mon humour. Humour perfide, humeur balançant entre lune et croissant !
Cher Journal, fais de l’indulgence ton arme et ton armure. Acceptes sans superbe d’être le seul confident et l’unique recours, de ce secret que je te livre inconsciente, car si aujourd’hui tu es l’élu du destin, demain peut être, sans crier gare, mon humeur, vacillant entre la charité et le dédain, pourrait t’infliger le sevrage inopiné.
Et toi, Ô toi intrépide lecteur cheminant par mégarde vers ce gouffre de secrets inouïs, tiens-toi prêt à passer ton chemin en silence et à noyer ton cri insurgé dans l’anonymat des morts ou le silence de la foule !