
Cher Journal,
Il était tout chiffonné, peureux, grelottant, pauvre petite bête. Ma première pensée me jeta loin dans les souvenirs de l’enfance et j’eus pendant un laps de temps l’envie, innée en moi j’en suis sure, de le mettre dans mon micro-onde pour le réchauffer et lui offrir la paix éternelle.
Et puis je me suis ressaisie, pensant à tous ces chatons ingrats que j’eu sauvé du joug des humains de par le passé. Aucun n’était revenu, pendant sa deuxième ou sa septième vie, me remercier de mon acte généreux. C’est à remettre en question toutes ces certitudes que j’avais sur la sagesse des chats et leurs grand sens du devoir et de la reconnaissance.
Je me suis dit que celui là serait le premier, dans une longue lignée de félins, à ne pas jouir de la chaleur de mon micro-onde et devoir se contenter de la braise qu’envoie ma cheminée.
Je l’ai lavé, enveloppé dans une couverture chatoyante, et mis sur mes genoux alors qu’une musique flamenco, feu et flammes, emplissait le silence régnant de remords et de gratitude.
Il devenait de plus en plus calme, arrêtait de grelotter et de gesticuler dans tous les sens, et puis, soudain, subitement, il enfoui sa petite tête entre mes seins et commença presque à chantonner.
Distraite entre les lignes de mon livre, je me plaisais à lui caresser la tête, le ventre, les pattes sans vraiment le regarder.
Nous somme restés longtemps ainsi, lui perdu en moi, moi lui donnant cette tendresse que je me découvris pour la première fois. Nous nous sommes endormis devant la cheminée, enlacés, chauffés par des braises clémentes et une amitié naissante.
Cher Journal, ce n’est pas à ce chat que je raconterais désormais mes jours et mes nuits, pour cela tu es l’élu de mon cœur, mais c’est à lui que je prodiguerais amour et tendresse. Il se pourrait qu’il me le rende bien, ou qu’il parte comme tous les autres. Mais aujourd’hui je sais du moins qu’il est là à sautiller de joie à chaque fois qu’il entend mes pas.












