Sunday, November 16, 2008

Ma mère



Cher Journal,

J’ai appelé ma mère aujourd’hui. Après quelques semaines d’absence, elle ne voulait presque pas me parler, mais j’ai insisté.

A force de lui raconter des blagues et des mésaventures, elle a fini par oublier ses reproches et a rigolé aux larmes. Je ne saurais dire si c’est sa manière à elle de voiler ses pleurs ou si c’est mon humour à moi qui est si contagieux.

Je regrette, pardi oui ça m’arrive aussi d’en avoir des regrets, de m’être éloignée d’elle à ce point ces dernières années. Eloignée au point du non retour. Je sais qu’elle voudrait bien retrouver notre complicité d’antan, mais je ne suis plus la petite fille qui se confine dans la sécurité des jupons de maman. Elle ne le comprendra pas, comme elle comprendrait encore moins mes principes nouveaux, ma manière propre à moi de gérer ma vie et de me complaire dans cette vision, du haut d’un minaret, que j’ai de moi, d’elle, de toute chose.

Je la regarde prendre de l’âge, vieillir aussi. Je la contemple entrain de s’occuper des êtres chers qui l’entourent, mon père, mes frères et soeurs. Je sens ses regrets de ne pouvoir me faire immerger dans cette bonne atmosphère familiale qu’elle gère d’une main de fer et dont elle est si fière.

Il se fait que nos chemins se sont croisés à plusieurs reprises durant cette vie, mais que jamais je ne me suis sentie appartenir à leur règle de gestion, à savoir 'la famille passe avant tout'.

J’ai mon monde que je me suis plue, que j’ai souffert, à créer de toutes pièces. Un monde que je protège, tout comme elle sa famille, avec une main de fer.

Au bout du fil, je sentais, comme à chaque fois d’ailleurs, son espoir renaitre.

« Tu ne viendras pas passer les fêtes avec nous cette année encore ?»

« Ma maman chérie, tu sais que tes gosses et leurs gosses ébranlent à leur seule vue la quiétude de mes jours…non je rigole, je ne pourrais venir, pour la simple raison que j’ai prévu mes fêtes autrement ! »

« Tu vas faire quoi ? Quoi de plus important que d’être avec ta famille ? »

« Je vais passer mon temps à contempler la nature et à remercier Dieu de m’avoir donné une famille, une mère magnifique et un chaton à nourrir »

« Tu te joue de moi !»

« Ma petite maman adorée, il est l’heure du diner et ton tajine doit déjà cramer sur le brasier »

« Tu as raison. Prends soin de toi et appelle…plus souvent ! »

Cher journal, je sais qu’elle ne m’en veut point pour mon absence volontaire. Elle sait que dans mon cœur il y a tant d’amour, tellement d’amour qu’à l’exprimer je peux gâcher bien des choses. Pourvue seulement qu’elle continue à rire de mes blagues.

Monday, October 27, 2008

Rencontre impétueuse



Cher Journal,

J’ai fait une rencontre impétueuse…avec un chat !
Il était tout chiffonné, peureux, grelottant, pauvre petite bête. Ma première pensée me jeta loin dans les souvenirs de l’enfance et j’eus pendant un laps de temps l’envie, innée en moi j’en suis sure, de le mettre dans mon micro-onde pour le réchauffer et lui offrir la paix éternelle.
Et puis je me suis ressaisie, pensant à tous ces chatons ingrats que j’eu sauvé du joug des humains de par le passé. Aucun n’était revenu, pendant sa deuxième ou sa septième vie, me remercier de mon acte généreux. C’est à remettre en question toutes ces certitudes que j’avais sur la sagesse des chats et leurs grand sens du devoir et de la reconnaissance.
Je me suis dit que celui là serait le premier, dans une longue lignée de félins, à ne pas jouir de la chaleur de mon micro-onde et devoir se contenter de la braise qu’envoie ma cheminée.
Je l’ai lavé, enveloppé dans une couverture chatoyante, et mis sur mes genoux alors qu’une musique flamenco, feu et flammes, emplissait le silence régnant de remords et de gratitude.
Il devenait de plus en plus calme, arrêtait de grelotter et de gesticuler dans tous les sens, et puis, soudain, subitement, il enfoui sa petite tête entre mes seins et commença presque à chantonner.
Distraite entre les lignes de mon livre, je me plaisais à lui caresser la tête, le ventre, les pattes sans vraiment le regarder.
Nous somme restés longtemps ainsi, lui perdu en moi, moi lui donnant cette tendresse que je me découvris pour la première fois. Nous nous sommes endormis devant la cheminée, enlacés, chauffés par des braises clémentes et une amitié naissante.
Cher Journal, ce n’est pas à ce chat que je raconterais désormais mes jours et mes nuits, pour cela tu es l’élu de mon cœur, mais c’est à lui que je prodiguerais amour et tendresse. Il se pourrait qu’il me le rende bien, ou qu’il parte comme tous les autres. Mais aujourd’hui je sais du moins qu’il est là à sautiller de joie à chaque fois qu’il entend mes pas.

Sunday, October 26, 2008

Je dis: Désir!


Cher Journal,

Il y a des jours comme ça, vides, assombris, grisonnants, durant lesquels la seule envie qui puisse s’emparer de moi est de me jeter corps et âme dans les abimes d’un livre.
Je lis « la bête qui meurt » de Philip Roth et je suis insurgée. D’abord contre moi-même car je n’ai jamais pu être une bête, une belle bête qui puisse ébranler les certitudes d’un homme, encore moins d’un sexagénaire.
Ensuite je m’insurge contre les sexagénaires vicieux dont la seule vue de nichons généreux leur fait perdre des années cumulées de sagesse et d’expérience.
Il se fait que par les temps qui courent, je m’imagine souvent accrochée aux bras d’un vieux qui seul pourrait canaliser mon excès de zèle et mon ardeur naturelle. Car, vois-tu, les hommes, les jeunes du moins, sont plus enclins à voir en moi un objet dont la possession est nécessaire mais non suffisante. Ils se complaignent tous, ou presque, à me sortir leur grand jeu de séduction pour obtenir une nuit dans mes bras, et dès qu’ils l’ont leur nuit, ils deviennent ingrats, rustres. Ils ont presque tendance à oublier qu’une femme, moi en l’occurrence et je me plais à croire que celles de mon espèce restent cependant rares, puisse non pas offrir, mais seulement demander, exiger et désirer une nuit d’un homme, sans pour autant verser dans le port de masques incongrus, factices, superficiels, dont usent ces même hommes à satiété.
Au risque de me faire prendre pour une fille de joie, je le suis certainement mais autrement puisque ce que je cherche dans la compagnie d’un homme n’est autre que le plaisir, la joie du plaisir intense, je ne me fais jamais prier pour aller dans le lit d’un homme qui me plaise vraiment. Un regard, un sourire, une simple moue spontanée sur un visage distrait peuvent me faire chavirer. La comédie, elle, je l’abhorre, mais alors incommensurablement !
Cher journal, si je m’éteints avant de trouver l’homme qui puisse enfin comprendre qu’une femme ne cherche pas nécessairement un homme pour l’épouser et le ligoter à vie, mais qu’il se pourrait qu’elle ait également des envies en chair et en cœurs, alors je te laisse ce legs pour la prospérité, fais en bon usage et transmet à tous ces malotrus imbues de leur bout de muscle en plus. Une femme c’est un Homme qui vit aussi pour et par le désir !

Saturday, October 25, 2008

Une étonnante conclusion



Cher Journal,

J’ai passé ces dix derniers jours à faire la fête. Tu ne m’en veux donc pas pour mon absence subite.
Il m’a fallut me venger sur une bonne dizaine d’hommes pour enfin me rassasier et oublier, si oublier est tant soit possible, mon amour perdu.
Je t’avoue que finalement c’est une bonne chose d’avoir ses petits bobos du cœur. On s’en sort toujours plus ragaillardi et surtout avec le souvenir de ces nuits blanches à se mettre dans des lits inconnus, appartenant à des hommes tout aussi nouveaux, qui nous poussent souvent à nous remettre en question (genre : pourquoi diable je suis restée fidèle à un seul homme pendant deux mois ?).
Un pur plaisir, et là tu peux aller jusqu’au troisième degré si cela te chante, d’explorer de nouveaux horizons et de se laisser aller à la découverte des hommes, dans leur bêtise la plus totale, celle de s’adonner au plaisir au premier soir et d’appeler tout de même au deuxième.
D’ailleurs, je pense finalement avoir compris pourquoi ils insistent tant pour une deuxième fois. C’est que la première ils n’auraient tout simplement pas fait leurs preuves.
Un homme c’est une bête sauvage qui se jette sur sa proie pour… ? Le pouvoir voyons !
Si la bonne petite proie est conciliante, pire, si par malheur elle est tout aussi consciente de son désir et l’assume amplement, alors là, l’homme en perd les moyens. Il ne peut déguster le plaisir pur sans faire valoir son pouvoir.
Impressionnant non ? Impressionnant surtout que j’en sois à ma trentaine (d’années pas d’hommes !) pour enfin arriver à cette conclusion si triviale.
Cher journal, les hommes et le pouvoir font bon ménage et vu que je n’aime point les ménages à trois, je me confine dans mon petit monde solitaire et je les renvoie eux et leur pouvoir aux rendez-vous clandestins de minuit.

Wednesday, October 15, 2008

Le temps des amours mortes


Cher Journal,

Ne m’en veux point pour cette absence. Retrouve moi les bras ouverts comme à ton accoutumé, car d’amis je n’en ai plus, que toi et quelques autres rencontre jaillissant de mon passé lointain pour me rappeler aux bons souvenirs de la tendresse de l’amitié.
Te souviens-tu de Youssef ? Il avait juré par cette nuit, au clair de lune, dans les plis des dunes, que quoiqu’il arrive il serait toujours là pour moi. Il a tenu promesse et j’ai faillis à ce vœu. J’ai continué à l’aimer et j’ai fi de l’amitié.
Je l’ai revu. Je les ai revus, lui, elle et le petit bonhomme qui habille leurs jours de joie et de félicité.
C’est son premier anniversaire, le petit prince qui ressemble tant à son père et arbore fièrement les beaux yeux de sa mère. J’y étais conviée, comme l’était leur cercle très restreint d’amis proches.
Et je fus mesquine, pitoyable. Je me suis littéralement enfuie après les salamalecs de circonstance et les paroles de politesse. Je ne pouvais vaincre ce sentiment qui, s’emparant de moi subitement, m’incitait à fuir.
Je l’aime toujours. Je n’ai jamais voulu que du bonheur pour lui, même loin de moi, mais je ne pouvais m’empêcher de rêver quelques instants que cet enfant était le mien, que Youssef me prenait, à moi, le bras pour me guider parmi ses invités, que j’aurais pu être elle si cette nuit au clair de lune je n’avais pas été l’amie dévouée de Youssef.
Je le voyais partir, s’apprêtant à appartenir à une autre, appelant mon cœur à la rescousse, mes yeux noyés dans les larmes des adieux. Je me voyais l’aimer éperdument et le perdre à jamais. Et tu sais quoi ? Je n’ai rien fais…car elle aussi je l’aimais !
Cher journal, je ne pouvais t’infliger ma peine dans toute sa crudité. J’ai pris le temps de regretter, pleurer, me saouler, danser, me jeter dans le lit du premier venu...essayer de faire le deuil de mon défunt amour, avant de te dire ce soir, à toi seul, que j’ai toujours mal.

Friday, October 10, 2008

Les scènes de ma vie




Cher Journal,

Aujourd’hui j’ai appelé ma psy en catastrophe, et après mes larmes de chaton esseulé, mes supplications mielleuses, j’ai pu enfin obtenir un rendez-vous.
Elle a écouté jusqu’à la fin et a souri.
Oui cette peste a osé sourire devant mon désarroi. J’aurais mieux fait de tout te raconter à toi, au moins tu la boucles complaisamment et tu persevères en m’ouvrant les bras.
J’ai pensé en me levant ce matin que je devenais de plus en plus scénique et non cynique, oh non, ça jamais !
Je passe une éternité devant le miroir à me raconter des blagues sur mon visage défait. Je parlote avec la cafetière pour lui intimer l’ordre de préparer un café savoureux le temps que je prenne ma douche. Je chante des sérénades à ma douche juchée sur ses hauteurs mais daignant se courber pour m’envoyer un regard conciliant. Je les fais se pavaner pendant une demi-heure, mes jolies chaussures. Je bois mon café du bout des lèvres et fait mine d’être fâchée avec la tasse… Quant à ma voiture, je la chauffe le matin en lui racontant mes fantasmes du soir !
Une fois au bureau, je reprends une vie normale mais avec le souvenir enchanteur d’une heure passée à me raconter des histoires.
La psy dit qu’il me faut de la compagnie. Elle le dit en souriant et j’ai juste envie de l’étrangler.
Cher Journal, tu en pense quoi toi de cette histoire ? Je sais que tu ne peux penser, mais le fait de te faire vivant, de faire de tout ce qui m’entoure des êtres vivants…j’en arrive à aimer la vie davantage.

Thursday, October 9, 2008

Ah les hommes!


Cher journal,

RAS !
Rassasiée à satiété ? Repue à souhait ? Eh ben non ! J’aurais évidement bien voulu, mais non !
J’ai vu Ali après la sortie du bureau dans l’espoir de conclure, évidement ! Tu as l’air d’avoir deviné. RAS ! Rien à signaler.
Je ne comprends pas comment un homme dans la force de l’âge, beau spécimen, plein de vitalité et de ressources créatives, en arrive à tomber amoureux de la sorte, et avec cette sornette invention de romantisme, perdre complètement la jugeote masculine qui fait que n’importe quel homme, sain d’esprit et d’hormones, pense d’abord à consommer avant de verser dans l’affectivité gratuite !
J’en suis toute enragée !
Pourtant j’ai pris un soin particulier à mettre des sous-vêtements en dentelle noire, sous un chemisier blanc transparent. Ahurissante de mauvais gout, je le sais, mais du moins je me préfigurais qu’il ne pourrait se permettre de rater ce message trop maladroit, excessivement direct.
Que nenni !
Le brave homme s’est présenté avec un bouquet de roses, rosâtres mais cela à la rigueur on peut le mettre sur le compte de son ignorance, pavanant comme un paon avec son costume italien taillé près du corps…son beau corps d’athlète qui me rend folle même en jogging délabré. Il m’a emmenée ensuite faire un tour en voiture, en me faisant écouter du Brel et en me racontant des balivernes sur ses sentiments, un peu trop sincères à mon gout.
Ou qu’il ne se rend franchement pas compte de ce que je trimballe comme idées lascifs au seul contact de son bras, ou que je suis une damnée qui se fait clairement punir par le bon Dieu à travers l’archange Ali !
Je t’épargne le récit stérile et pénible à la fois de mes tentatives acharnées pour lui soustraire un soubresaut de lucidité, une sorte d’éveil de ses méninges et des vaines veines qui coulent direction terre. Ce fut un terrible échec !
Cher journal, si l’amour rend les femmes exaspérantes et poisseuses, il fait des hommes des êtres exécrables d’idiotie, ne faisant plus la différence entre une femme et une glue !